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PEKIN +25 : quel bilan pour l’égalité femme-homme ?

lundi 15 février 2021, par Albertine

CEAF&RI vous présente le bilan du Programme d’action de Pékin (Beijing Platform for Action BPfA) voté en 1995 par la 4ème Conférence mondiale sur les femmes 25 ans après (1995-2020). Ce Programme définit des mesures dans douze domaines d’intervention, par lesquelles les pays doivent déconstruire les barrières systématiques à l’égalité des hommes et des femmes. Qu’en est-il 25 ans après ?

De Mexico à Pékin : quelle évolution de la situation de la femme ?

Depuis 1975 (la première Conférence internationale sur les femmes à Mexico), année internationale de la femme, la décennie des Nations Unies pour la femme (1975-1985), avec comme mot d’ordre "Égalité, développement et paix".
Objectifs de la Conférence :
- accroître l’alphabétisation et l’éducation civique des femmes,
- leur assurer un succès plus large aux postes de responsabilités et
- aboutir à la reconnaissance du travail accompli au foyer ou lors d’autres activités non rémunérés, etc.

Depuis cette époque, on a certes enregistré des résultats concrets, mais la situation de pauvreté et de crise dans laquelle le monde est plongé , n’a pas permis une évolution notable de la condition féminine partout dans le monde.

Quatrième Conférence Mondiale à Pékin

Du 4 au 15 septembre 1995, des milliers d’hommes et de femmes du monde s’étaient encore rassemblés à Beijing (Pékin) pour la quatrième Conférence Mondiale sur les femmes. Cette conférence avait justement pour but d’examiner les changements intervenus au cours de la dernière décennie, et la question posée fut celle de savoir si la situation des femmes s’était améliorée ou aggravée.
Douze domaines du Programme d’action de Pékin
• Femmes et pauvreté
• Éducation et formation des femmes
• Femmes et santé
• Violence à l’égard des femmes
• Femmes et conflits armés
• Femmes et économie
• Femmes et prise de décisions
• Mécanismes institutionnels œuvrant à la promotion de la femme
• Droits fondamentaux de la femme
• Femmes et médias
• Femmes et environnement
• Jeunes filles
Source  : unwoman.org

Pékin + 25 : nulle part au monde l’égalité des sexes n’a été atteinte.

Bien que 143 pays aient inscrit l’égalité de l’homme et de la femme dans leur constitution, cette égalité des sexes n’est encore atteinte nulle part. Le Global Gender Gap Report de 2020 du World Economic Forum (Forum économique mondial) a prédit que selon l’évolution actuelle, l’égalité des sexes serait atteinte dans 99,5 ans.
Les femmes ont toujours dû se battre pour leurs droits. Aujourd’hui encore, il en est ainsi. Et tout ce qui a été inscrit dans le document du Programme d’action de Pékin est aujourd’hui encore à revendiquer.
Dans le monde entier, les femmes ont besoin de lois de parité et des droits fondamentaux des femmes, notamment pour la santé de la reproduction, et pour mettre fin à toutes les formes des discriminations à l’égard des femmes. De la participation égalitaire aux décisions politiques en passant par des salaires égaux et l’accès à la formation, jusqu’à la protection efficace contre la violence. On est encore très loin d’un monde d’égalité des genres pour les femmes et les filles. Pour le réaliser, des initiatives sociales et une volonté politique ainsi qu’un budget conséquent sont nécessaires.

25 ans après : nouveaux mouvements des femmes pour l’égalité

Il y a aujourd’hui une vague de mobilisation de femmes qui s’opposent aux conservateurs, aux fondamentalistes. Elles prennent la tête de nombreuses manifestations pour la démocratie et les droits humains dans le monde.
Et avec l’aggravation de la crise du climat et des ressources, ce sont surtout les très jeunes femmes, rejoint par les jeunes gens, qui s’engagement lors des Fridays for Futur (« Nous sommes l’avenir », scandent-ils !) et qui s’affirment dans les médias partout dans le monde.
Les femmes plus que jamais libèrent la parole, descendent dans la rue, s’organisent et s’engagent, travaillent connectées ou hors connexion, font pression sur les gouvernements et ne cherchent pas seulement à réaliser leurs propres droits mais à changer les réalités politiques et sociales pour tous. De même, les femmes afro-descendantes de la diaspora font entendre leur voix sur les discriminations basées sur le genre et le racisme. (Afropéennes, Black live matter).
On constate ainsi des nouveaux mouvements plus hétérogènes, multiples et en même temps mondialement plus visibles que les mouvements féministes antérieurs, grâces aux nouvelles technologies de communication et de l’information.

Pékin +25 : une référence dans la politique internationale en faveur des femmes

Le programme de Pékin en 1995 est et reste un jalon, une référence incontestable dans la politique internationale en faveur des femmes. Ce programme revendique que les droits des femmes et la participation égale des femmes sont des droits humains qui doivent avoir leur traduction dans les législations nationales. Les gouvernements ont ainsi établi un consensus mondial sur des questions importantes de l’égalité.
Des forums nationaux, régionaux et mondiaux ont été créés pour suivre la réalisation du programme de Pékin, en première ligne la Commission de la condition de la femme (Commission on the status of women - CSW).
À côté de la Convention sur l’élimination de toutes les formes des discriminations à l’égard des femmes (CEDAW 1979) et de la résolution 1325 des Nations-Unies, « Femmes, guerres et paix » (2000), le programme de Pékin propose un important cadre de relations multilatérales dans lequel les droits des femmes et les droits humains peuvent être revendiqués.
Partout dans le monde, les femmes se servent des Accords, Conventions et Résolutions des Nations Unies comme référence, rendent public l’état de leur application, et demandent des comptes aux gouvernements là où c’est encore possible.
En Afrique, la Conférence de Pékin a eu un impact sur l’éducation et l’organisation des femmes/filles [1]

Quelques acquis de Pékin+25 :

-  131 États ont institutionnalisé des politiques d’égalité ou voté des lois contre la discrimination des femmes.
-  Plus de deux tiers des États ont aujourd’hui des lois contre la violence domestique,
-  Dans le monde entier, plus de jeunes filles vont à l’école que jamais auparavant,
-  le taux de mortalité maternelle global a chuté de 38%, dans certains contextes la mortalité maternelle est élevée.
Ces progrès, tels qu’ils ont été inscrits dans les lois et les institutions partout dans le monde, sont aussi des acquis que les femmes ont pu conquérir en s’appuyant sur le programme de Pékin comme point de référence. Le programme de Pékin représente donc une norme internationale sur laquelle il ne faut pas revenir.

Quelques défis, 25 ans après :

-  Le changement climatique touche plus les femmes et les filles (accès à l’eau, la désertification)
-  Le développement de nouvelles technologies de l’information et de communication ou le numérique doit aussi se faire de façon égalitaire, et non renforcer les inégalités ; produire les nouvelles formes de violence et d’exploitation des femmes/filles sur les réseaux. Il s’agit là des problèmes qui n’existaient pas il y a 25 ans.
-  La crise mondiale sanitaire de la pandémie du Covid-19, est un grand défi pour les femmes encore plus fragilisées et précarisées.
-  À ces défis globaux s’ajoutent des tendances conservatrices, fondamentalistes dangereuses pour les droits des femmes et des filles dans de nombreux pays.
- Lire Le Plan d’Action Régional sur le genre de l’Union Africaine, concernant les problèmes spécifiques et les objectifs à atteindre pour l’égalité femme-homme dans l’impulsion de la Conférence de Pékin.

Pour conclure

Juste un petit moment de rêve d’un monde plus égalitaire où les femmes recevraient pour le même travail le même salaire que les hommes.
Les femmes participeraient à égalité aux prises de décisions politiques.
Les auteurs de violences genrées et sexuelles seraient poursuivis systématiquement et mis en examen.
Les femmes et les jeunes filles ne seraient pas disproportionnellement plus touchées par la faim, la pauvreté et l’exclusion et n’accompliraient plus la majeure partie du travail de care (ou de soin).
C’est possible, il suffit de s’y engager. C’est l’engagement du CEAF&RI depuis plus de 15 ans ! Ensemble, le rêve deviendra réalité !

Albertine Tshibilondi Ngoyi
15/02/2021


[1Cf. Albertine Tshibilondi Ngoyi, Enjeux de l’éducation de la femme en Afrique, Paris, L’Harmattan, 2005, pp. 186 ss.