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Libérer la femme pour libérer l’homme..., Félicita Mpala (IIIème partie)

Félicita Mpala, philosophe congolaise, poursuit sa réflexion sur la libération de la femme comme condition de la libération de l’homme pour une parité efficace. Elle examine dans cette troisième partie les raisons de l’exclusion de la femme par l’homme.

Exclusion de la femme par l’homme

- Les pratiques discriminatoires en matière de nomination et de promotion des femmes,
- La pesanteur sociale qui empêche la femme d’accéder aux postes de gestion. Dans la même perspective, Albertine Tshibilondi souligne : « Les relations entre les hommes/ femmes sont réglées par des coutumes et interdits ainsi que des lois qui permettent à l’homme d’exercer un contrôle important sur la femme [1] ».
- La non application des lois existantes sur les droits de la femme de manière à garantir leur participation dans la sphère des responsabilités à tous les niveaux.
Je conviens avec Cheik Omar Ahmed que « la libération des femmes ne se limite pas à des droits et à des devoirs égaux : elle implique aussi leur pleine participation aux sphères politique et économique comme à celle sociale et culturelle [2] ».
Que pense Françoise Héritier du rapport entre l’homme et la femme ?
Pour elle, « le système de dénigrement et de dévalorisation du féminin se transmet par l’éducation, le langage, les usages ordinaires de la violence et des images. Lutter contre cette dépréciation devrait être désormais un objectif constant et reconnu des individus, des associations, des pouvoirs publics. C’est la raison pour laquelle le futur grand combat qui devra être mené doit porter non seulement sur le partage réel des tâches domestiques et parentales, mais aussi sur l’éducation et la culture transmises à nos enfants qui justifient l’inégalité en ce domaine jusqu’ici [3] ».

- L’attitude de la société à l’égard des femmes qui entrave leur participation au processus de décision. Pour élucider mon propos, je donne deux proverbes (parmi des milliers) en langue nationale, le lingala, qui véhiculent le mépris à l’égard de la femme : « mwasi atongaka ndako te » en lingala qui signifie, une femme ne peut pas construire une maison ou encore « kolia na mwasi kolia na ndoki », manger avec une femme, c’est manger avec un sorcier.
- Les stéréotypes culturels, les préjugés et les attitudes familiales qui écrasent la femme et l’excluent à des ouvertures sociales et professionnelles,
Ecœurée par cette situation, Jeannette Munda note :
« La femme congolaise en général et Luba-Kasaï en particulier a toujours subi l’ordre établi sans le remettre en question. Elle ne se demande pas si les pratiques qu’on lui impose et qu’elle-même aussi impose aux autres femmes au nom de la tradition, sont bénéfiques pour elle ou pour son entourage. Elle se tait au nom de la tradition et du principe de l’obéissance aux parents, obéissance aux frères même s’ils sont plus jeunes, obéissance au mari et à toute sa famille. Au nom de quoi les femmes doivent-elles se taire et accepter des coutumes injustes dont personne ne veut expliquer le fondement ? Et les choses se compliquent en ville, où certaines personnes, par ignorance, empruntent les coutumes de leurs régions et les imposent à la famille sous prétexte que l’autorité venant des hommes ne peut se discuter. Faut-il continuer à tolérer cela ? [4] ».
- L’accès limité à l’éducation, en particulier à l’enseignement supérieur, c’est-à-dire l’avancement dans ce domaine étant dicté par un certain nombre de critères contraignants tels que : la pauvreté, les restrictions culturelles et religieuses, la discrimination basée sur le sexe…Et lorsque les parents n’ont pas assez de moyens pour scolariser tous les enfants, ils font le tri et souvent ce sont les filles qui sont exclues du choix opéré.
Abordant ce phénomène de l’exclusion de la femme par l’homme, Albertine Tshibilondi affirme : « Tant que ces questions n’auront pas été abordées, les femmes seront toujours minoritaires aux sphères de décision dans l’enseignement supérieur ou aux postes de responsabilité dans la société [5] ».

Education : facteur d’épanouissement et de développement ?

- Poursuivant la même idée, Albertine Tshibilondi établit le lien entre l’éducation et le développement en montrant combien l’éducation contribue à l’épanouissement de ses bénéficiaires et comment l’éducation entraîne par conséquent le développement de la société. C’est ainsi qu’elle considère l’éducation comme lieu de pouvoir. L’école chez AlbertineTshibilondi influe sur le statut personnel de la femme. L’école lui ouvre des portes de la mondialisation et lui permet d’exercer un leadership dans la société.
- Pour sa part, Edith Stein, prônant l’égalité entre l’homme et la femme a eu également le mérite d’avancer que : « Pour intégrer les forces féminines dans la gestion de la vie du peuple et des affaires de l’État, les exigences sociales réclament à la femme une formation intégrale, car c’est l’éducation qui doit aider la femme à prendre conscience de sa situation et de sa mission dans le monde [6] ».
- De son côté, le Pape Jean-Paul II avait déclaré lors de la cinquième Conférence mondiale sur la femme que : « Plusieurs obstacles en de nombreuses parties du monde, empêchent encore la femme de s’intégrer pleinement dans la vie sociale, politique et économique [7] ».

Brève conclusion

Jusqu’à présent, j’ai retracé les difficultés endogènes et exogènes qui freinent la promotion de la femme malgré la parité prônée en République Démocratique du Congo. La partie suivante aura pour but de montrer que la promotion de la femme sans celle de l’homme est une entreprise vouée à l’échec. Ainsi, il est éminemment important de réfléchir à la promotion de la femme sans négliger pour autant celle de l’homme, les deux doivent aller de pair ( suite, IV° partie).
Félicita Mpala

Brève présentation de l’auteure
Félicita Mpala Numbi est religieuse de la Congrégation des Sœurs de la Doctrine Chrétienne de Nancy en France, actuellement conseillère générale. Elle a une licence (master) en philosophie de l’Université de Kisangani en République démocratique du Congo,avec un mémoire intitulé :Education de la femme et développement. Relecture de la pensée d’Albertine Tshibilondi. Mémoire de Licence, Département de philosophie, université de Kisangani. Suite présentation

Contact  : CEAF&RI

N.B.  : Pour citer ce texte : Félicita Mpala, "Libérer la femme pour libérer l’homme..." (IIIème partie), www.ceafri.net. 04/10/2020. Tous droits de reproduction réservés au CEAF&RI. Voir Mentions légales. Pour nos nouveautés, liker et s’abonner à notre page Facebook Ceaf&ri

Notes

[1A. Tshibilondi Ngoyi, Enjeux de l’éducation de la femme en Afrique. Cas des femmes congolaises du Kasaï, Paris, L’Harmattan, 2005, p. 136.

[2Cheik Omar Ahmed, cité par Jimmy Carter, Au nom des femmes. Contre les violences politiques et religieuses, Traduit de l’américain par Robert Kremer. Paris, Editions Salvator, 2015,p.122.

[3Fr. Héritier, Masculin/féminin. Dissoudre la hiérarchie. Paris, Odile Jacob, 2002, p.393-394.

[4J. Munda, Mal dans ma peau, Kinshasa, Paulines, 1999, p.7-11.

[5A. Tshibilondi Ngoyi, Enjeux de l’éducation de la femme en Afrique…, p.168.

[6F. Mpala, La pensée peut-elle être indispensable pour la prise de conscience de la condition féminine au Congo ? Proposition d’Edith Stein. Mémoire de graduat en philosophie, Kisangani, Philosophat Edith Stein, 2001, p.18, (inédit).

[7Pape Jean-Paul II, Aux femmes du monde entier. Lettre du Pape à l’occasion de la IVème Conférence mondiale sur la femme, Kinshasa, Edition Saint Paul, Kinshasa, 1995, p.8.