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La violence faite à la femme en République démocratique du Congo : un bilan accablant.

En ce 25 novembre, Journée Internationale de lutte contre la violence faite aux femmes, on remarque que la violence aux femmes est une réalité quasi-mondiale. Une femme sur cinq en Belgique est victime de la violence conjugale et familiale. De l’Asie à l’Europe, de l’Amérique à l’Afrique, les femmes sont victimes de violences multiformes. Pourquoi alors parler uniquement des Africaines, et particulièrement des femmes congolaises ?

En Afrique, les foyers de guerre sont nombreux et partout, les femmes paient souvent le lourd tribut : de l’Algérie au Darfour, de la Côte d’Ivoire au Centrafrique. L’Afrique du sud, dont nous saluons l’expérience démocratique et la stabilité, possède pourtant un des taux de violences sexuelles le plus élevé au monde. Pourquoi alors parler uniquement des femmes de la République Démocratique du Congo ?

L’ampleur de la tragédie en République Démocratique du Congo et le silence de la communauté internationale posent question.

Briser le silence à propos de la violence sexuelle.

Il convient pourtant de reconnaître que si les violences faites aux femmes en Croatie, par exemple, ont suscité une vaste mobilisation, jusqu’à provoquer la poursuite des coupables par un tribunal international, celles faites aux femmes en Afrique ne connaissent pas la même médiatisation. Il y a comme un silence de plomb qui pèse sur cette souffrance et ce crime contre l’humanité, tant en Afrique qu’en dehors de l’Afrique. Le fait que le viol en Afrique soit devenu une des principales armes de guerre est tellement banalisé que l’on en parle que de manière très épisodique.-----

Une tragédie vécue à huis clos en RDC

La République Démocratique du Congo est un exemple concret de cette tragédie vécue à huis clos. Notre objectif est de relayer la lutte de ceux et celles qui, sur le terrain et ailleurs, essaient de briser ce silence de plomb.

Devons-nous rappeler que la guerre en République Démocratique du Congo est aujourd’hui la guerre la plus meurtrière en Afrique et dans le monde. Les organismes internationaux viennent de reconnaître que les ravages de la guerre dans l’Est de la République Démocratique du Congo sont nettement plus dramatiques que ceux du Darfour dont on disait pourtant, il y a quelques mois, qu’ils étaient les plus tragiques du monde.
Ecoutons ce qu’en dit la journaliste tunisienne Noureddine HLAOUIN dans un article du 10 mars 2005 :

« (…) selon des données recueillies, notamment à partir d’une étude effectuée par les soins de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans seulement deux provinces orientales de l’Est de ce pays, il ressort que les pertes humaines s’y élèvent à plus de quatre millions de morts ! » .

En 2008, on parle d’un génocide silencieux qui a fait six millions de morts. C’est bien l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire, non seulement du continent, mais de l’humanité. Les femmes et les enfants sont, comme d’habitude les principales victimes de ces horreurs. Ecoutons de nouveau la journaliste tunisienne :

« En l’espace des trois dernières années, des dizaines de milliers de femmes, de jeunes filles, de garçons, d’hommes et même des enfants âgés de trois ans ont été violés et ont subi les pires des agressions sexuelles par des miliciens et des soldats appartenant aussi bien aux groupes armés rebelles qu’aux troupes dites régulières opérant dans l’Est du pays ».

Destruction de la personne et déstructuration du tissu social

Les conséquences de ces violences sur les victimes et l’avenir du pays sont incommensurables. Est-il nécessaire de rappeler ici le rôle joué par la femme au niveau socio-culturel et économique . Dans l’enlisement économique de la R. D. Congo, la femme joue un rôle important dans l’économie dite populaire ou informelle. Il s’agit d’abord de la destruction des personnes. Les victimes sont atteintes dans leur dignité, dans leur corps, dans leur avenir. C’est l’image même de la femme qui s’effrite, partant c’est tout le tissu socio-culturel qui s’effondre. Un proverbe Woyo dit pas : « Nsi ya vala, mwana tshiento », littéralement traduit : « La valeur d’un pays, c’est la fille ». Ainsi, violer une femme, c’est humilier tout un peuple. On comprend que beaucoup s’emmure dans un silence intolérable, comme si elles étaient les coupables. Exposées aux Maladies Sexuellement Transmissibles et au VIH/Sida, elles voient leur existence hypothéquée, ainsi que celles de nombreuses générations. C’est en fait l’ensemble du pays qui est hypothéqué :

« Pour mesurer concrètement la gravité de la tragédie, il y a lieu de souligner que le nombre des cas de viols recensés s’élève à quarante mille ! Si l’on sait qu’un nombre considérable de victimes n’ont pas osé porter plainte, voire d’en parler, on a une meilleure idée de l’ampleur du drame et des inévitables retombées sanitaires, telles les maladies sexuellement transmissibles, et autres séquelles traumatisantes qu’elles ne manqueront pas d’entraîner parmi les victimes et les membres de leurs familles, souvent contraintes d’assister aux sévices et autres exactions subis par les leurs ».

Albertine Tshibilondi, CEAF&RI