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Nouvelles relations de genre

Face à la violence, que pouvons-nous faire ensemble ? Voici à titre indicatif quelques pistes de réflexions : nommer la violence, dénoncer la violence, condamner et sanctionner, et éduquer à des nouvelles relations femmes/hommes.

Nommer la violence

Photos : www.herwigphoto.comNous savons que la situation de la violence faite aux femmes est recouverte du voile de silence. Les victimes elles-mêmes n’osent pas parler. Or, on sait l’importance de la parole dans la thérapie psychanalytique. Dans les thérapies de groupe utilisées pour les victimes de la violence, une des techniques est de dire la violence subie. L’occulter, c’est courir le risque d’être soi-même, sans le savoir et sans le vouloir, complice de la violence.

Pourtant, cette violence est souvent occultée pour multiples raisons. Les responsables de la violence tentent de la dissimuler en la niant tout simplement, sûrs de l’impunité ou plus cyniquement en en faisant un droit. On viole comme on pille, sans état d’âme. Mais la violence peut être également occultée parce qu’on s’y habitue, parce qu’on la banalise.

Face aux enjeux stratégiques, politiques et économiques de la guerre en RDC, quel intérêt y aurait-il à s’occuper de congolaises violées, d’autant plus que personne n’en parlera. Les bourreaux comme les victimes finissent par banaliser le viol, en faire un point de détail. Les uns sûrs de l’impunité nationale et internationale, les femmes résignées à leur triste sort. Si non, comment comprendre le silence de l’opinion internationale qui s’émeut pourtant pour des choses moins graves et qui sait très bien ce qui se passe sur place.

Ne devons-nous pas aider ces femmes à nommer la violence ? Ne devons-nous pas la nommer pour elles et avec elles ?

Dénoncer la violence

Mais il ne suffit pas de nommer la violence. Il faut la dénoncer et la combattre. Les traumatismes de la violence ont suscité chez les victimes des mécanismes de la peur, des traumatismes psychiques. Il convient donc de retrouver le courage de briser l’étau de la violence.

Une des formes de la violence sexuelle est la dépossession. La femme est devenue un objet. Il ne possède plus une histoire, plus de projet. Elle est souvent répudiée. Dénoncer la violence, c’est aussi aider les femmes à se réapproprier leur personne et leur histoire. De nombreuses associations féminines travaillent sur le terrain, parfois au risque de leur vie pour aider ces femmes victimes. Ne devons-nous pas en être les relais ?

Enfin, il faut dénoncer l’impunité, interpeller les hommes politiques nationaux et internationaux, les organisations tant nationales qu’internationales. Nous devons arriver à des actes de condamnation des coupables et de réparation en faveur des victimes de la violence.

D’autres rapports femmes-hommes : Un travail de conscientisation.

La violence que subissent les femmes, en fin de compte, ne serait-elle simplement qu’une version plus dramatique de leur situation dans la société traditionnelle même en temps de paix ?
Certes, les proverbes africains montrent que l’homme comme la femme sont considérées comme des personnes humaines. Toute personne vaut plus que l’argent, plus que les choses, plus que les animaux. Ici, les critères d’âge et de sexe passent au second plan. Ce qui importe, c’est la dignité humaine. En principe, toute personne, homme ou femme, est reconnue comme personne humaine, adulte ou enfant.

Entre le principe et les faits

Mais dans le concret, l’homme se veut le chef et maître de tout. La discrimination à l’encontre de la femme demeure une triste réalité. La tradition s’oppose à des traitements dégradants, considérés comme inhumains. Pourtant, elle justifie et donne sa caution à des traitements dégradants que l’on fait subir à des femmes.
Il convient alors d’éduquer à d’autres rapports hommes-hommes. Il convient de créer un nouvel imaginaire autant chez l’homme que chez la femme. Il faut susciter une nouvelle dynamique relationnelle.
Mais cela passe nécessairement par l’éducation des enfants au respect et à la culture de la paix. Les atrocités commises par les enfants soldats doivent nous interpeller. Il convient également de mettre sur pieds des structures égalitaires autant sur le plan professionnel, juridique que socio-professionnel . Ces structures qui favorisent l’engagement de la femme dans l’avenir de la société, peuvent les protéger de toutes les formes de violence.

Albertine Tshibilondi
Contact : ceafri
29 novembre 2008